LE TRAVAIL, L'ÉCONOMIE ET NOUS
Par René Labelle
Avant de parler de partage du temps de travail, rappelons que dans notre société, c'est l'emploi salarié qui s'est imposé comme norme afin d'assurer la subsistance. Des personnes tirent ainsi le revenu nécessaire à la vie d'un ménage dans le cadre d'un emploi, où elles exercent un travail, pendant un certain temps, à un certain salaire. Tant que l'emploi était disponible en quantité suffisante, on s'est contenté d'aménager parallèlement des formes de sécurité du revenu plus ou moins généreuses comme l'assurance-chômage et l'aide-sociale pour permettre aux ménages de subsister dans les cas marginaux où l'accès à l'emploi était perdu, temporairement ou durablement.
Actuellement, les entreprises sont confrontées à une concurrence internationale débridée, où la course à des niveaux élevés de productivité passe par les réductions d'effectifs. Leurs ressources financières sont également mobilisées vers l'investissement dans la productivité, condition essentielle pour demeurer dans la course. Résultat : il n'y a pas nécessairement de lien entre la croissance économique et le développement de l'emploi. Les firmes qui, simultanément, annoncent de bonnes performances financières et des licenciements de personnel en sont une illustration.
Le travail sans les travailleurs et l'économie sans les personnes deviennent une norme. Le danger de cette formule est de ne pas envisager la réalisation du potentiel humain dans l'économie. Cette façon de penser, parfois rentable à court terme, ne peut conduire, à long terme, qu'à un dépérissement des collectivités et à une détérioration du climat social, bien plus coûteux à long terme.
Cette situation nouvelle appelle des moyens nouveaux, dont le PARTAGE DU TRAVAIL. En effet, les moyens traditionnels, où on fait varier les taux d'intérêt ou le niveau des dépenses gouvernementales ne suffisent plus à rétablir une situation se rapprochant du plein emploi.
Tout souhaitable qu'il soit, le PARTAGE DU TRAVAIL ne remplace pas l'objectif premier qui demeure le plein emploi. Si la diminution du temps de travail a pour conséquence la réduction globale de la masse salariale, ou la réduction du cercle des personnes sur lesquelles se répartit cette masse, elle ne remplit plus alors un objectif de partage. Au contraire, LE PARTAGE DU TEMPS DE TRAVAIL vise à ce que le revenu global disponible et l'enrichissement collectif soient distribués plus justement sur un grand nombre de personnes.
La réalité de l'emploi est complexe et variable selon les circonstances. Elle invite à aborder la question du PARTAGE DU TEMPS DE TRAVAIL avec humilité, écoute et prudence. C'est à nous qu'il revient d'entendre les appels, d'analyser attentivement les situations concrètes à la lumière de ce en quoi nous croyons, pour déterminer ensuite des voies d'action réellement libérantes.
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