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LES DIFFÉRENTS ASPECTS DE L'ÉCOVILLAGE


ParCarole Ricard
(vice-présidente du Réseau des écovillages du Canada)

Voici les aspects essentiels qui permettent de distinguer un écovillage d’une communauté intentionnelle, une cohabitation, un écocentre ou tout autre projet à caractère écologique :

La communauté
L’écologie
L’économie
L’énergie
La spiritualité

Ces cinq aspects doivent être définis lors de l’élaboration du projet d’écovillage.

LA COMMUNAUTÉ

Une communauté est un groupe de personnes réunies dans un but commun. En écovillage, elles vivent sur le même territoire, selon des principes de développement durable.

C’est aussi un groupe de personnes réunies dans le but de partager des valeurs et des ressources communes. Ce groupe définit sa propre identité et s’autogère. Lorsqu’on précise communauté écologique ou écocommunauté, évidemment, ce groupe est réuni dans le but de respecter des ressources naturelles et de célébrer sa relation avec la nature.

De plus, selon la Fédération des communautés intentionnelles, une communauté, c’est aussi le choix quelques personnes qui désirent vivre « à plein temps » selon leurs valeurs et qui se regroupent pour ce faire. Un groupe de personnes qui ont décidé de vivre ensemble dans un but commun, en travaillant de manière eacute;rative afin de créer un style de vie reflétant valeurs primordiales. (1)

Par ses principes et les valeurs qu’elle véhicule et de l’avant, la communauté est au cœur de l’écovillage. Nul écovillage ne saurait exister si on le créait artificiellement, sans qu’un lien profond et durable et des de le maintenir ne soient créés entre les personnes formant ce groupe. Un écovillage ne peut se bâtir par simple désir de certains individus de vivre en nature dans des maisons écologiques autosuffisantes énergiquement. Des valeurs primordiales d’entraide, de coopération, de solidarité, de partage et de respect sont essentielles bâtir un écovillage et passer à travers toutes les étapes de sa création et de son développement.

Une cocommunauté est viable socialement lorsqu’elle à ses habitants de se sentir en sécurité et en confiance entre eux, de développer une stabilité et un dynamisme dans leur vie communautaire permettant aux individus de s’exprimer librement au profit de tous. Cette communauté favorise également chez les écovillageois la communication, les relations humaines saines et la productivité. Elle est sur le monde et interagit avec celui-ci. On y retrouve une diversité d’individus, de talents, de connaissances, d’aptitudes, de cultures et de croyances valorisés dans la communauté. La conscience de la santé est primordiale pour les écovillageois qui se donnent les outils nécessaires afin de prévenir plutôt que de guérir. Il en va de même de leur relation avec leur environnement qu’ils protègent et restaurent comme étant le prolongement d’eux-mêmes. L’équilibre matériel s’y retrouve par divers moyens développés au sein de la communauté afin que chacun puisse subvenir à ses besoins tout en faisant profiter la communauté de ses atouts et qualités particulières.

L’ÉCOLOGIE

Sous cet aspect se regroupent plusieurs thèmes à définir : la place de l’être humain par rapport à celle de la faune et de la flore, l’utilisation des ressources naturelles et leur renouvellement, l’élimination ou la réduction des déchets, le maintien et l’amélioration de qualité de l’air, de l’eau et du sol, l’intégration harmonieuse de toutes les activités humaines dans un environnement naturel. Nous y retrouvons également la construction écologique, l’agriculture et les entreprises commerciales.

En effet, une communauté qui envisagerait de bâtir un écovillage sans afficher en permanence son souci pour l’écologie passerait à côté de son réel but. L’écologie étant la science qui étudie les relations des êtres vivants entre eux et avec leur milieu (2), l’écocommunauté prêtera une grande attention à définir clairement ses relations avec son habitat et entre ses écovillageois.

Habituellement, le choix d’un environnement fragile écologiquement ou d’une rare beauté qui demande à être conservée est la marque de commerce des écovillages des dernières années et de ceux à venir. Quoique les écovillages actuels n’aient pas toujours pris ces facteurs en considération lors de leur création, il n’en demeure pas moins que le choix du territoire permet de concrétiser rapidement la magie suscitée par l’implantation d’un écovillage.

Le principal moyen utilisé par les écovillages afin d’afficher leur caractéristique écologique est le plan d’aménagement, le plan d’ensemble du projet qui sera élaboré en faisant un inventaire des plantes, arbres, ressources naturelles, habitats fauniques, facteur éolien, quantité de pluie annuelle, cours d’eau, etc. existant sur le territoire projeté. Le plan d’aménagement pourra ainsi tenir compte de ces divers éléments naturels existants afin de déterminer l’emplacement le moins nocif pour chaque construction et usage. Contrairement aux plans d’aménagement dessinés par des développeurs immobiliers qui ont d’autres préoccupations que la conservation d’espèces fauniques ou la qualité de l’eau sur le site à développer, le plan d’aménagement établit dès le début quelles sont les valeurs des futurs habitants qui sous-tendent le projet.

Un autre moyen utilisé universellement est la construction écologique. On entend par cela une construction responsable. Nous vous invitons à définir dans votre groupe qu’est-ce que la responsabilisation lors de la construction. Il n’y a aucun doute lorsqu’on parle de recyclage des déchets, de choix de matériaux écologiques et de lieu de production de ceux-ci. Mais dans l’application de ces principes, il y a souvent difficulté. Nous sommes dans un monde en évolution et la liste des matériaux dits écologiques est encore courte, ne comble pas tous les besoins de construction et quelquefois faut faire d’autres choix.

Pour bien comprendre pourquoi il est nécessaire de construire écologiquement, mentionnons quelques faits : dans les pays nordiques, nous passons plus de 90 % de notre temps à l’intérieur des bâtiments. Or, il s’avère que plusieurs facteurs de pollution intérieure nous affectent quotidiennement. Il s’agit des particules « biogénétiques », de la fumée de combustion, des produits chimiques organiques, des risques pour la santé causés par des matériaux lourds, des fibres matérielles et autres particules qui demeurent en suspension dans l’air. Ces différents facteurs peuvent irriter la peau, les yeux, le nez, la gorge, causer des irritations, des allergies, des difficultés respiratoires, des maux de tête, des baisses d’énergie et éventuellement dégénérer en maladie plus grave telle que le cancer (ex. : causé par l’amiante).

Outre la construction, l’approvisionnement en aliments, eau et énergie fera l’objet de soins particuliers lors de l’affirmation des valeurs écologiques de l’écovillage. Ce seront autant de sujets sur lesquels des choix cruciaux devront être effectués dès la préparation du plan d’aménagement.

L’ÉCONOMIE

Outre besoins de reconnaissance comblés par l’argent reçu pour la production d’un bien ou rendre service, l’équilibre entre les revenus et les dépenses se concrétiser dans l’écovillage. La viabilité de l’écovillage dépend aussi de ses entreprises, de ses habitants talentueux et compétents. Puisque les gens qui désirent vivre en écovillage adoptent inévitablement un mode de vie simple basé sur la satisfaction des besoins primaires plutôt que sur la consommation de biens peu durables, écovillageois diminuent leur niveau de vie et n’ont plus à travailler autant pour suffire à leurs besoins. Ils peuvent donc revenir ou se diriger vers des tâches qui passionnent et où ils peuvent pleinement réaliser leur potentiel créateur. Ainsi, les métiers traditionnels reprennent leur place, le transfert de l’héritage culturel se fait aisément. Certains produits peuvent être vendus par catalogue, dans un magasin général garni des produits créés par les habitants de l’écovillage.

Afin de ne pas devenir un dortoir comme certaines banlieues, des écovillages ont demandé à ce qu’il y ait une personne par résidence qui travaille sur place. Avec le nombre grandissant de travailleurs à domicile, cela devient aisé et permet à ces gens de minimiser leurs coûts reliés au travail tout en travaillant dans un lieu inspirant, non isolé des gens. Ils peuvent aussi être près de leurs enfants, amis et voisins et faire appel à de la main-d’œuvre supplémentaire locale lorsqu’ils ont une charge de travail plus grande.

D’autres écovillages instaurent des règles de partage de la richesse de façon à endiguer la pauvreté tout en fournissant des perspectives d’apprentissages permettant aux moins fortunés de développer des aptitudes pour la production de biens ou services requis dans l’écovillage ou la région. La responsabilisation pour la satisfaction des besoins individuels est la règle mais la plupart des écovillages reconnaissent la nécessité d’aider les démunis dus à un handicap ou à l’âge et ceux qui n’arrivent pas temporairement à se trouver de l’emploi. Les formes que le partage de richesse peut prendre sont variées, allant d’une contribution minimale de chacun – en proportion de ses revenus – à être redistribuée aux nécessiteux, à un système de volontariat comme une campagne de financement pour combler les besoins matériels de la communauté reliés à de nouveaux projets comme la construction d’un nouveau bâtiment fournissant une habitation peu coûteuse aux personnes de faible revenu.

Le troc sous toutes ses formes, aussi connu sous le nom de « système d’échange local » (SEL), permet également aux écovillageois de valoriser le travail sous tous ses aspects. Usuellement, une heure de travail pour l’un est équivalente à une heure de travail pour un autre, contrairement à la société actuelle qui valorise certains métiers ou professions plutôt que d’autres. Les systèmes de JEU (Jardin d’Échange Universel) sont aussi courants et permettent d’échanger un bon quivalant à une heure de travail lorsque vous achetez produit ou obtenez un service d’un des membres du regroupement du JEU. Ainsi, les achats de produits et services sont stimulés dans la communauté et encouragés par les membres de celle-ci, évitant par le fait même l’utilisation de papier monnaie rendu désuet sous cette forme de troc. Les bons sont enregistrés dans un fichier central qui émet un relevé mensuel permettant à tous les membres de voir les déséquilibres potentiels et de réagir. Il encourage le travail et permet de cibler les produits et services non fournis à la communauté et qui auraient avantage à l’être.

Finalement, dans cette même optique, des réseaux d’échanges de savoirs (R.É.S.) ont été mis sur pied dans d’autres communautés afin de reconnaître que les connaissances et talents particuliers doivent valablement servir au profit de la communauté tout en étant rémunérés. Ainsi, peu importe l’âge et l’origine de l’apprentissage des connaissances (dans certains groupes, les diplômes ne sont pas requis), un enseignant peut transmettre ses connaissances à des gens qui autrement n’arriveraient pas à se payer de telles formations. Cela encourage également la création de liens interpersonnels forts et valorisants pour les deux parties.

L’ÉNERGIE

La est énergie! Il y a maladie lorsque l’énergie cesse de circuler ou circule anormalement. Lorsqu’elle circule librement, sans obstruction, il y a joie, plaisir, santé et abondance. C’est une roue sans fin. Voilà le principe de l’énergie renouvelable.

Il en va de même pour toute création. Un projet d’envergure comme l’écovillage doit prévoir la manière dont seront produites les énergies nécessaires à l’hébergement, aux commerces et autres services utilisés par les habitants. Certains choisiront de viser l’autosuffisance énergétique tout en vendant leurs surplus à des organismes énergétiques locaux ou régionaux alors que d’autres préféreront faire la démonstration de techniques de production d’énergie renouvelable sans viser l’autosuffisance. C’est ainsi qu’on peut concevoir l’écovillage comme un organisme vivant permettant de faire bifurquer l’énergie aux endroits manquants lorsqu’il y a une panne ou un dérèglement. Nous pouvons aussi le voir comme plusieurs micro-organismes autonomes vivant à proximité les uns des autres et étant autosuffisants énergétiquement.

Les écovillageois adoptant un mode de vie plus simple et non basé sur la consommation irresponsable ou compulsive de biens et services de courte durée auront avantage à planifier, quantifier et évaluer le facteur énergétique dans toutes leurs décisions. Diminuer la dépense et le coût de l’énergie en région nord-américaine ou européenne débute en construisant des résidences à haut rendement énergétique, puis en optant pour diverses solutions d’autosuffisance des résidences (foyers de masse, murs et planchers à capteurs thermiques, panneaux solaires) et, finalement, en implantant des systèmes d’énergies renouvelables locales tels qu’un parc d’éoliennes et la gestion durable d’un boisé.

LA SPIRITUALITÉ

Vivre sainement et en harmonie avec la nature implique nécessairement une santé psychologique. Ainsi, il va de soi chez les écovillageois cette santé psychologique se maintient par des pratiques régulières d’exercices, de rituels, de méditation ou d’autres formes de partage et d’expression d’un contact avec une force supérieure qui nous lie, peu importe comment est nommée cette force. Ceci fait donc partie d’une hygiène spirituelle que de prendre soin de son lien avec son âme, sa parcelle divine ou du Tout.

Mais qu’est-ce que la santé spirituelle? Pour certains, c’est lorsque l’âme est en contact avec plus grand que soi. Contempler une merveille de la nature, écouter le chant d’une cigale, suivre du regard un arc-en-ciel sont autant de choses nous permettant de sentir cette parcelle d’intelligence supérieure en nous plutôt qu’en essayant de deviner qui a tué le personnage secondaire d’une série télévisée.

Pour d’autres, nous sommes en contact avec le Tout, avec notre essence divine, lorsque tout est clair en nous, sans confusion et que nous pouvons agir en utilisant autant ce que nous ressentons, notre cerveau rationnel, que la reconnaissance de nos besoins humains, le tout sans conflit, d’une manière paisible et harmonieuse pour nous autant que pour les autres.

Plusieurs prétendent qu’une personne est saine spirituellement lorsqu’elle ne commet aucun « péché » et vit selon les règles de la religion en laquelle elle croit. Mais, toutes les pratiques religieuses sont-elles « saines » spirituellement?

Lors de l’élaboration d’un projet d’écovillage, il serait nuisible d’éviter de discuter de l’aspect spirituel que vous envisagez donner à ce lieu de vie. Il ne faut pas faire l’autruche car, tôt ou tard, les difficultés non envisagées se présenteront.

Voici quelques grandes lignes reconnues comme jauges de la qualité de vie spirituelle d’une communauté :

  1. La vitalité culturelle est maintenue à travers les activités et célébrations culturelles et artistiques;
  2. La créativité et les arts sont perçus comme expression de l’unité et interrelation à l’univers; ils sont encouragés et soutenus par diverses formes d’expression artistique, de vie artistique et à travers la préservation et le partage de la beauté et des valeurs esthétiques;
  3. Le temps de loisir est valorisé;
  4. Il y a respect et soutien pour la manifestation spirituelle sous plusieurs formes;
  5. Des occasions de développer le soi profond sont disponibles;
  6. Un sentiment de joie et d’appartenance est recherché à travers les rituels et célébrations;
  7. La vie communautaire fournit un sens d’unité et d’intégrité pouvant s’exprimer par une vision commune et des ententes qui expriment les engagements communs; ils peuvent être partagés par des croyances culturelles, des valeurs et des pratiques qui définissent et expriment l’unicité de chaque communauté;
  8. Lorsque des difficultés surviennent, la communauté est capable de flexibilité et de réponses positives;
  9. Que ce soit en région urbaine ou rurale, développée ou non, il y a compréhension grandissante de l’interconnexion et de l’interdépendance de tous les éléments de la vie. La communauté reconnaît sa place dans et en relation dans le monde;
  10. La communauté choisit consciemment contribue à la création d’un monde paisible, aimant et viable.(3)

(1) Définition des communautés intentionnelles selon la Fédération des communautés intentionnelles (Fellowship for Intentionnal Community). Guide de vie coopératif, édition 1995, Langley, Washington, États-Unis, 440 pages.
(2) Définition Le Petit Larousse illustré, 1994, Paris, France.
(3) Concept créé par Daniel Fargeas en France. Pour informations : http://www.jeudequebec.org/


Liens intéressants sur le même sujet

  • Global Ecovillage Network (en français)
  • Wiki français sur les écovillages
  • Réseau des écovillages du Canada
  • Écolieux-de-France : Vous voulez vous installer dans la nature, à plein temps ou à temps partiel, avoir un mode de vie écologique et mettre en oeuvre avec d'autres une vie sociale harmonieuse ? (Site localisé en France)
  • Passerelle-eco : Nous collectons des pratiques écologiques à même de développer de nouveaux modes de vie et de relation, respectueux de la planète et de ses habitants. A travers la revue, nous diffusons ces savoirs et les expériences des associations qui les mettent en oeuvre, et nous diffusons des témoignages et les nouvelles des écolieux de vie et des écovillages. Le réseau met en lien les éco-acteurs qui proposent leurs ressources et expriment leurs recherches. Ce réseau d’échange et d’entraide développe concrètement une économie solidaire et écologique, un autre monde, en marche. Le site internet prolonge cette action en présentant les pratiques du quotidien insèrées dans le contexte plus général des problématiques contemporaines. Nous vous en souhaitons une bonne et fructueuse lecture !
  • EcoVillage Network of Canada - Section du site du Glogal EcoVillage Network qui répertorie les ÉcoVillages à travers le monde. (En Anglais)
  • Éco-Logis - Matériaux écologiques pour construire, rénover ou restaurer votre maison.


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