À L'HEURE DE LA MONDIALISATION,
LE POUVOIR DES CONSOMMATEURS
Par René Labelle
Un bon café équitable lors de vos rencontres…
Longtemps confiné aux magasins spécialisés et aux cercles restreints de militants pour une répartition plus juste des richesses et le respect de l'environnement, le café équitable trouve aujourd'hui sa place dans les grands réseaux de distribution… Une victoire pour les militants du commerce équitable, qui, depuis 1997, tentaient de convaincre le tooéfacteur d'offrir ce genre de produit. Où en trouver au Québec? A Montréal, eacute;rôme, Québec, Rimouski…Chez Oxfam-Québec, Équiterre et Café Brossard. Vous trouverez la liste des organismes vendant du café équitable au Québec dans les sites internet : www.transfair.ca et www.produitsdumonde.com/pointsdevente/.
Le cacao
Le cacao est cultivé à 85% par seulement sept pays au monde. Bien qu'il pousse au sud, il se retrouve à l'autre bout de la filière, entre les mains de trois multinationales américaines, soit Hershey, Mars et Nestlé/Cadbury-Schweppes. Des entreprises qui, en raison de leur fort volume d'achat, possèdent un très gros pouvoir et une influence indéniable sur la formation des prix à la bourse de New York… Comment enrayer cette dépendance financière envers les magnats du cacao? En redonnant aux cultivateurs le contrôle de leur production et en encourageant une nouvelle forme d'échanges avec les producteurs. Où en trouver au Québec? Il est possible de se procurer les produits COCOA CAMINO dans une trentaine de magasins d' aliments naturels au Québec. Pour en savoir plus…
Coopérative La Siembra : www.lasiembra.com.
Manger plus juste
Nous devons se défaire de l'emprise des multinationales. Depuis quelques années, le commerce équitable s'étend dans plusieurs pays européens à une multitude de produits. Des matières premières telles que les bananes, le sucre, le thé, le riz, le jus d'orange, les friandises, la confiture…
Un modèle à suivre… « OKÉ », une banane « quitable » importée du Ghana et de l'Équateur qui, tout en étant produite dans le respect de l,environnement, permet à plusieurs regroupements de paysans de tirer un plus grand profit de leur culture. Pour en savoir plus…
FAIR FRUIT, un organisme sans but lucratif à Vancouver dont l'objectif est de développer le marché des fruits équitables au Canada. www.web.net/fairfruit.
Saviez-vous que…
- Au Costa Rica, deuxième producteur de bananes au monde l'industrie de la banane « consomme » 44 kilos de pesticides par hectare. Chez-nous, pays industrialisés, l'épandage de pesticides dans le domaine agricole est limité à 2,7 kilos par hectare.
- 16,000 anciens ouvriers agricoles, dans 11 pays, ont entamé des poursuites contre les compagnies de banane DOLE, CHIQUITA ainsi que les compagnies pétrochimiques DOW, SHELL et OCCIDENTAL. Au cœur du litige : le NÉMATICIDE NEMAGON ( DBCP), un pesticide eacute; dans les bananeraies qui entraînerait stérilité, malformation à la naissance, problèmes aux reins au foie.
- La durée de vie moyenne d'un coupeur de canne à sucre est de : 30 ans !!!
- 250 millions d'enfants de 5 à 14 ans travaillent aujourd'hui dans le monde, selon le Bureau internationale du Travail (BIT); 5% d'entre eux sont utilisés par l'industrie manufacturière d'exportation, principalement le textile et l'habillement.
- …en 25 ans, le nombre de multinationales dans le monde est passé de 7000 à 40,000. Elles contrôlent aujourd'hui près de 70% du commerce mondial.
- …dans la plupart des pays industrialisés, on compte environ 600 lignes téléphoniques pour 1000 habitants. Dans les pays en développement? Une pour 1000.
- …20% de la population mondiale vit dans les pays les plus riches de la planète et consomme à elle seule 58% de l'énergie mondiale, 65% de l'électricité, 87% des véhicules, 74% des téléphones, 46% de la viande et 84% du papier. Du même coup, 86% des dépenses totales liées à la consommation lui sont imputables.
Nos vêtements : pas cher payés, mais…Fait en Thaïlande, en Chine, aux Philippines
Aujourd'hui, une grande partie des biens manufacturés vendus dans le Nord d'unités de production installées dans les pays en développement. Les consommateurs ne s'en plaignent pas, eux qui peuvent désormais se vêtir, se distraire aménager leur appartement à moindre coûts…Plusieurs rapports et récits d'anciens ouvriers du textile témoignent des abus. Nos belles tenues vestimentaires, les chaussures dernier cri pour la course à pied, le tennis ou les randonnées de montagne sont bien souvent produits dans des conditions déplorables : horaires de travail abusifs (jusqu'à 93 heures par semaine), rémunération insuffisante, exploitation d'enfants, programmes de santé et de sécurité du travail inexistant, encadrement de style militaire, harcèlement, viols, humiliations et bien entendu, absence de droits syndicaux…
Et le gagnant est…
En juin dernier, l'organisme canadien Maquila Solidarity Network (www.maquilasolidarity.org) dédié à la mise en place d'un réseau de solidarité avec les ouvriers du Mexique tenait à Toronto dans la rue - sa première cérémonie officielle de remise des prix SWEATSHOP (atelier où la main d'œuvre est exploitée). Cinq entreprises CANADIENNES étaient en nomination. Après délibération, le prix de l'année a été remis à la chaîne de distribution américaine Wal-Mart, fortement implantée au Canada…Aucun représentant de la compagnie n'est toutefois venu réclamer son trophée!
Pour en savoir plus…
Les magasins du monde Oxfam (http://www.madeindignity.be)
Voyager…sans nuire !!!
Depuis quelques années, les grandes agences de voyages mettent le paquet pour nous attirer vers leurs « destinations du Sud ». Leur stratégie : des forfaits tout inclus, à des prix étonnamment bas, pour quelques jours de détente dans des « paradis sur terre ». Mais le paradis des uns est parfois l'enfer des autres…
Leur destination?
Les classiques Walt Disney World, Safari africain, Grand Canyon ou autres côtes de la Floride. L'attrait est d'ailleurs de taille : un confort à l'occidentale à un prix défiant toute concurrence. Voyage, hébergement, nourriture, alcool, télévision par satellite, air climatisé, connexion à Internet, activités sportives et épandage hebdomadaire d'insecticides inclus ! Cayo, Coco ou Cayo Largo à Cuba, Cancun au Mexique, Puerta Plata en République Dominicaine…le choix des destinations ne manque pas… L'industrie touristique se caractérise en effet par une concentration des 20 principales compagnies (Thomas Cook et consorts) toutes originaires du Nord, qui se partagent le marché du voyage… A force de pressions sur les gouvernements ces jouissent aujourd'hui grâce au GATS (General Agreement on Trade in Services, d'un environnement favorable au bon déroulement de leurs affaires : abolition des politiques empêchant dans certains pays que le capital d'une entreprise ne se retrouve dans les mains d'intérêts étrangers. Conséquence de cette libération : Selon la Banque mondiale, en moyenne, sur chaque dollar dépensé par les touristes en vacances dans les pays en développement, près de 55% reviennent dans les pays riches. Ce taux atteint 60 % en Thaïlande, 70% au Kenya et pas moins de 80% dans les pays des Caraïbes ! Au grand désespoir des populations locales embauchées à faible salaire.
Pour un tourisme équitable
Peut-il en être autrement? Oui! Le principe : choisir des destinations « socialement responsables » qui encouragent non pas d'immenses multinationales implantées au nord, mais plutôt le développement des économies locales des pays L'exercice est d'ailleurs loin d'être compliqué.
Les Reality Tours de Global Exhange
Sortir des sentiers battus et partir à la découverte des populations locales pour favoriser le développement régional, voilà en substance ce que propose Global Exchange avec ses Reality Tours (www.globalexchange.org). Cet organisme américain sans but lucratif fondé en 1988 s'inscrit dans la logique du tourisme « socialement responsable » en offrant à ses participants la chance de voir ce qui se cache derrière les images paradisiaques présentées par les grandes agences de voyages.
De l'argent bien placé ?
Souvent perçus comme étant contradictoires, la quête du profit et le respect de la personne - ou de l'environnement - peuvent parfois faire bon ménage. Plusieurs épargnants l'ont compris : ils se tournent vers des fonds de placement « éthiques » ou « socialement responsables » pour faire fructifier leur argent.
Acheter des actions, placer son argent pour assurer ses vieux jours ou simplement pour accroître son capital sans pour autant contribuer indirectement à la FABRICATION D'ARMES DESTRUCTRICES, À L'ACCROISSEMENT DU CHÔMAGE DANS SON PROPRE PAYS COMME À L'ÉTRANGER, À L'APPAUVRISSEMENT DE CERTAINES RÉGIONS DU GLOBE c'est possible. En effet, encore marginaux il y a 10 ans, les fonds de placement éthiques suscitent aujourd'hui un véritable engouement. Les investisseurs se préoccupent de plus en plus de la portée de leurs placements…300,000 Canadiens ont opté pour ces placements défendant un certain nombre de valeurs sociales et environnementales en 1998…
Éthique et rentable!
Quelques fonds d'Ethical Funds atteignent même des rendements moyens 26%, comparativement à la moyenne pour les fonds d'actions canadiennes qui se situe aux alentours de 16%.
Pour savoir plus…
Fiducie Desjardins (www.fiducie-desjardins.com)
Ethical Funds (www.ethicalfunds.com)
Sus à la surconsommation
Courant dominant dans nos sociétés industrialisées, la surconsommation pourrait bien un jour nous conduire tout droit à la catastrophe. A moins de revoir dès maintenant nos façons de consommer, estiment les tenants de la « simplicité volontaire ». Selon Serge Mongeau : « Il ne faut pas rejeter les commodités qui nous sont offertes. Mais plutôt les considérer avec un œil critique et se demander s'il pas d'autres façons pour répondre à besoins ».
Pour en savoir plus…
En commun : une action mondiale contre la pauvreté
« En commun » est une campagne visant l'élimination de la pauvreté. Coordonnée par le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), elle réunit sous sa bannière plus de 1000 organisations oeuvrant en première ligne pour la justice sociale, l'aide humanitaire, le développement économique et démocratique - à la fois au Canada et dans les pays en développement. Pour de plus amples renseignements sur cette campagne visitez le site à l'adresse suivante : http://incommon.web.ca/.
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